Tout d'abord, commençons par la légende qui a toujours secoué ma ville : Gisors.
En effet, après la seconde guerre mondiale, M.Lhomoy (père de mon ancien voisin), alors gardien du château de Gisors, trouve des pierres et des pièces dans l'antre du Château. De vieilles pièces datant de quelques siècles déjà. Ces morceaux d'histoire sont les effets des Templiers...Qui étaient-ils ? Comment ces pièces se sont retrouvés ici ? Pourquoi n'a-t-on jamais cru M.Lhomoy l'insultant ainsi de fou ?
Les Templiers :
L'ordre du Temple est un ordre religieux et militaire fondé en 1119 en Terre Sainte après la 1ère Croisade, à l'initiative du chevalier champenois Hugues de Payns aidé de quelques preux chevaliers. Le roi de Jérusalem Baudoin II leur octroie pour installer leur siège la mosquée Al-Aqsa, où était anciennement situé le temple de Salomon, d'où leur nom.
La mission initiale de l'Ordre du Temple est de défendre la chrétienté en Orient : assurer la garde des Lieux Saints de Palestine, protéger les pèlerins et les routes menant à Jérusalem.
L'ordre est officialisé par le Pape Honorius II lors du concile de Troyes en 1128 : il bénéficie d'une indépendance totale, morale et financière par rapport aux rois ; les Templiers ont ainsi le privilège de dépendre directement du Pape !
L'organisation, dirigée par le Grand Maître, est la suivante :
- les chevaliers, seuls combattants, sont recrutés dans la noblesse,
- leurs auxiliaires, sergents et écuyers, appartiennent à la bourgeoisie ou au peuple,
- les prêtres assurent le service religieux et les sacrements,
- enfin, des serviteurs et aides divers viennent du bas de l'échelle sociale
Les Templiers contrôlent de 2000 à 3000 commanderies (Domus Templi) en Europe, dont 1200 en France (les chiffres sont variables du simple au double en fonction des ouvrages consultés). On peut citer l'assainissement d'un vaste marécage en bord de Seine à Paris ... quartier qui deviendra le Marais ! Ils mettent aussi en valeur de vastes terrains par leurs travaux agricoles.
De plus, ils construisent de nombreuses forteresses pour contrôler les territoires francs : l'Ordre du Temple et ses Kraks (ou cracs) marqueront alors de leur empreinte le royaume de Jérusalem.
Seule force militaire bien organisée avec une véritable unité de commandement et une discipline stricte, ces moines-soldats encadrent des troupes féodales souvent désordonnées qui formaient les armées des croisades : placés en avant-garde de toutes les attaques, en arrière-garde de toutes les retraites, gênés par l'incompétence ou les rivalités des princes qui commandaient ces armées d'aventure, ils perdront en deux siècles plus de 20000 des leurs sur les champs de bataille !
Les templiers sont animés d'une foi et d'un courage à toute épreuve, et leurs charges de cavalerie sont bien souvent déterminantes durant les combats.
Mais à la suite d'une bataille, les possessions franques de Terre Sainte tombent définitivement entre les mains des musulmans avec la chute de Saint-Jean-d'Acre le 28 mai 1291. Malgré la résistance héroïque des templiers autour du Grand Maître Guillaume de Beaujeu : cet événement met fin à 2 siècles de présence franque en Orient, et le rôle défensif des templiers s'en trouve remis en cause.
A partir du XIVe, les templiers se sont reconvertis de moines soldats en banquiers et ont complètement perdu de vue la reconquête des Lieux Saints de Palestine, quittés en 1291.
L'ordre est devenu immensément riche. Mais la disgrâce n'est pas loin !
La royauté est frustrée de ne pas pouvoir contrôler les templiers : l'ordre devient de plus en plus incompatible avec l'affirmation croissante du pouvoir des capétiens. De plus : le roi est frustré d'avoir essuyé un vif rejet suite à sa demande pour se faire nommer Grand Maître de l'Ordre ! De son côté, Philippe le Bel souhaite la fusion de l'ordre du Temple avec celui des Hospitaliers afin de constituer une force suffisante pour préparer une nouvelle croisade : l'affaire est mise à l'ordre du jour de plusieurs conciles mais son échec résulte de l'entêtement et de l'étroitesse d'esprit du Grand Maître Jacques de Molay.
A la demande de Philippe le Bel, tous les templiers de France sont arrêtés le 13 octobre 1307 à l'aube par les sénéchaux et les baillis du royaume sous des chefs d'inculpation douteux (profanation de la croix, idolâtrie d'une tête de chat, sodomie) : il s'agit d'une opération de police conduite dans le secret absolu par Guillaume de Nogaret, 1ère véritable rafle policière jamais organisée ! Les 140 templiers de Paris sont arrêtés personnellement par Guillaume de Nogaret accompagné de gens d'armes. Rien qu'à Paris, 134 prisonniers sur 140 confirment l'exactitude des accusations ... mais 38 succombent à la torture : on peut donc douter de la sincérité des aveux ! L'opinion publique et le roi lui-même y voient la confirmation de leurs terribles soupçons sur l'impiété des templiers et leur connivence avec les forces du Mal !
Pour extorquer la "vérité" aux prisonniers dans tout le pays, les commissaires royaux utilisent largement la torture : très vite, les résultats des interrogatoires, poursuivis par les inquisiteurs dominicains de l'église mandatés par le Pape, confirment les affirmations de Philippe le Bel sur la corruption de l'ordre.
Depuis le début du procès, les aveux du Grand Maître Jacques de Molay et des autres dignitaires avaient brisé toute velléité de résistance. Aussi, lorsque la commission pontificale demande à l'ordre de présenter des défenseurs, plus de 500 membres du Temple manifestent leur désir de s'exprimer et certains expliquent que la torture est responsable des aveux en confirmant la pureté de leur ordre : la résistance des templiers s'organise !.
Mais sous la pression de Philippe le Bel, le pape Clément V, moins omnibulé par la théocratie prônée par ses prédécesseurs, marque définitivement la fin de l'Ordre du Temple en émettant sa dissolution le 3 avril 1312 ("Ad providam").
Le procès aura duré 7 ans et c'est donc sous l'usage de la torture que les Chevaliers du Temple avoueront les crimes qu'on leur impute.
Au bout de 7 ans d'emprisonnement (dont une partie dans le Château Chinon), Jacques de Molay accompagné d'autres dignitaires de l'ordre sont conduits le 18 mars 1314 devant la cathédrale de Notre-Dame de Paris pour entendre le verdict du procès : la sentence des juges est la prison à vie. Mais Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, haranguent la foule en disant que leurs aveux ont été volés, que les templiers n'ont commis aucun crime et sont victimes d'une machination : les deux hommes sont alors condamnés au bûcher. Jacques de Molay et son compagnon sont brûlés vif à la pointe de l'île de la Cité le 19 mars 1314 : ils demandent qu'on leur desserre les liens des mains pour pouvoir les joindre en prière.
La légende veut qu'à l'instant de succomber dans les flammes, Jacques de Molay ait lancé une malédiction à l'attention du roi et du Pape : "Pape Clément ! Roi Philippe ! Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races !"
La malédiction du templier allait s'avérer exacte : Clément V meurt le 20 avril 1314 d'étouffement et Philippe le Bel décède en novembre 1314 d'un ictus cérébral ; ses trois fils mourront dans les 12 années à venir, sans laisser de descendance mâle, mettant ainsi fin à la lignée des Capétiens directs.
La découverte :
C'est pendant la Seconde Guerre Mondiale que M.Lhomoy commence ses fouilles.
Il commence par fouiller au pied de la motte du donjon. Il finit par trouver des excavations qui ne seront autre que les souterrains du château tels que nous les connaissons actuellement. Certain de la présence d'un trésor, Lhomoy décide de reprendre ses travaux dans une nouvelle zone du château. Montant sur la motte et pénétrant dans l'enceinte du Donjon, il décida de dégager le puits du donjon boucher depuis de nombreuses années. Pénétrant à l'intérieur il descend dans son antre. Il descend jusqu'à près de trente mètres de profondeur. Là, au moment le moins attendu, une partie de la paroi s'écroule et blesse Lhomoy.
Mais, certain de son idée, il décide de réaliser une excavation à quelques mètres du puits. Nous sommes en juin 44. Il met un de ses amis dans la confidence, un certain M. Lessenne, qui par la suite deviendra lui-même gardien du château. Ce même Lessenne sera témoin d'une découverte étonnante. Creusant et atteignant près de 16 mètres, Lhomoy met à jour une salle inconnue de 4 mètres sur 4 environ. Hélas, elle est vide. Cela ne fait pas l'affaire du gardien qui décide de poursuivre. Avant, il rebouche la salle. Puis sans raison valable, il se remet à creuser, mais à l'horizontale sur une distance de prêt de 9 mètres. Il est aisé d'imaginer les conditions de travail. Telle une taupe, il creuse une nouvelle galerie verticale qui atteindra environ 4 mètres. En finalité, il se trouve à environ 21 mètres de la surface du Donjon.
Nous sommes courant mars 46. Et puis un jour, Lhomoy prend la barre à mine qui lui sert à creuser ; frappe et voit apparaître des pierres en appareil. Il comprend qu'il se trouve devant un mur.
Dégageant la terre il découvre une structure bâtit de moellons de pierre taillée. Il dégage les joints de l'une des pierres et finit par la pousser. Il ose à peine croire ce que ses oreilles lui font entendre. Un écho ! Est-ce la victoire ? Lhomoy dégage l'orifice. Il se rend compte qu'il se trouve devant le mur d'une salle de grande dimension. Il tente de l'éclairer mais son équipement précaire ne lui permet pas de tout voir. Il s'introduit dans la salle et là, il croit que son c½ur va s'arrêter. Laissons-lui la parole, tel que le fit Gérard de Séde dans son livre, « Les Templiers sont parmi nous ! » : « Ce que j'ai vu à ce moment là, je ne l'oublierai jamais, car c'était un spectacle fantastique. Je suis dans une chapelle Romane en pierre de Louveciennes, longue de trente mètres, large de neuf, haute d'environ quatre mètres cinquante à la clef de voûte. Tout de suite à ma gauche, près du trou par lequel je suis passé, il y a un autel, en pierre, lui aussi, ainsi que son tabernacle. A ma droite tout le reste du bâtiment. Sur les murs, à mi-hauteur, soutenus par des corbeaux de pierre, les statuts du Christ et des douze apôtres, grandeur nature. Le long des murs, posés sur le sol, des sarcophages de pierre de 2 mètres de long et de 60 centimètres de larges : il y en a 19. Et dans la nef, ce qu'éclaire ma lumière est incroyable : trente coffres en métal précieux, rangés par colonnes de dix. Et le mot coffre est insuffisant : c'est plutôt d'armoires couchées qu'il faudrait parler, d'armoires dont chacune mesure 2,20 m de long, 1,80 m de haut, 1,60 m de large. »
La découverte de Lhomoy est incroyable ! Elle appuie la légende et la confirme ! Il décide d'en parler au Maire de Gisors qui envoie une délégation sur les lieux afin d'être sûr de l'affirmation de l'homme ! Un représentant du Département, justement en mairie ce jour là, déclare : « Messieurs vous avez devant vous l'½uvre d'un fou ! » Seul un certain Emile Beyne, ancien officier du Génie, accepte de s'introduire dans le boyau. Il ira presque au bout des excavations de Lhomoy. Mais devant le risque encouru et le manque d'air il se cantonne à envoyer des pierres dans l'orifice et constate que « cela résonne ».
D'autorité, et sans même tenter la moindre fouille, les excavations de Lhomoy seront rebouchées. Il tentera durant de nombreuses années à se faire entendre, tant auprès de la municipalité, qu'auprès du département.
Alors convaincu ou pas ? Y a-t-il toujours eu des pièces et le trésor des Templiers enfoui sous le Château de Gisors ? Seul l'avenir nous le dira...